lundi 31 août 2009

Marc Le Bris préfère l'élève aux théories

RENTRÉE SCOLAIRE, LES QUATRE VÉRITÉS D'UN INSTITUTEUR
In Famille Chrétienne du 29/08/2009
(merci à Vincent pour ce lien)


Marc Le Bris, le désormais célèbre auteur de Et vos enfants ne sauront pas lire… ni compter ! , paru en 2004, est instituteur et directeur d'école publique à Médréac, en Bretagne. C'est un enseignant heureux pour qui l’observation de l'enfant prime sur les théories des pédagogues. Il publie cette année Bonheur d'école, et répond à nos interrogations sur la crise de l’école.


Les pédagogues ont-ils oublié ce qu’est un enfant ?

Les enfants ne sont jamais où les théoriciens adultes les attendent. Ils dérangent toujours qui ne les comprend pas. Il n’y a pas de recette. Pour ma part, je n’accepte d’observations sur l’enfant que celles que mon expérience confirme, celles que mes collègues institutrices corroborent. Et, même là, je ne suis sûr de rien…
Je les accueille ensemble dans ma classe : comment ne pas voir la différence entre les filles et les garçons ? Statistiquement, les filles ont plus envie d’être sages, d’être conformes, de faire bien. Elles sont plus obéissantes. Elles réussissent mieux car elles font ce qu’on leur demande. Les garçons ont tendance à faire le gros bébé frondeur, surtout l’aîné ou le dernier de famille ; ceux du milieu, devant trouver leur place, font en général plus d’efforts.


Où est le problème de l’école ?

Au nom d’une vision utopique de ce que sera l’adulte de demain, on a voulu fabriquer un homme nouveau, projeté dans l’enfant. Et on s’est coupé de la réalité de l’enfant, de son observation. On néglige totalement la réalité des stades enfantins pour aller droit au but. Demander à un enfant de 7 ans de prouver la véracité de ce qu’il dit, c’est absurde. À cet âge, il n’a pas besoin de preuve formelle, tout ce qui compte, c’est l’assentiment du père, de la mère, du maître... « C’est vrai, mon papa me l’a dit ! ». Le travail de raisonnement pour prouver les choses, la capacité de ne pas croire tout ce qu’on dit, n’arrivent que plus tard, vers 10 ans.


« L’école est la part du père », dites-vous. Qu’est-ce que cela veut dire ?

Dans les familles, il y a des tendances naturelles et nécessaires depuis longtemps : les papas poussent et les mamans freinent. Elles ont souvent tendance à protéger leurs enfants… L’école est faite pour sortir l’enfant du maternage, comme le tire-bouchon sort le bouchon de la bouteille. Pour ça, l’instituteur a besoin de l’autorité de l’État. Il a besoin aussi que la famille assure sa tâche éducative. Quand j’ai un « patachon* » qui n’écrit pas dans les lignes, je me pose la question : lui a-t-on appris à finir son assiette, à faire son lit, à obéir ? Les notes remettent les choses à leur place de façon entièrement coupée de l’affectif. Elles amènent l’habitude d’avoir des règles et de s’y tenir, l’assimilation de la culture passée, la transmission des habitudes intellectuelles efficaces que l’humanité s’est forgée comme la maîtrise de la langue, orale et écrite. L’instruction éduque.


Quelles sont les raisons d’être optimiste pour l’école ?

S’ils ont été libérés du carcan purement « pédagogiste », les jeunes enseignants ne savent plus comment enseigner les quatre opérations, par exemple, ou l'écriture et la lecture. Cela reste un problème car notre métier est très sérieux, très précis. La question-clef aujourd’hui est la formation.


*Ndlr – Pour Marc Le Bris, le «patachon», c’est l’enfant qui, sans s’opposer franchement, cherche à contourner l’autorité pour en faire moins : la dictée, oui, mais pas complète ; le mot, oui, mais abrégé ; l’écriture, oui, mais pas sur la ligne…

Propos recueillis par Clotilde Hamon